Où en sont les assassins de Charlie de l’Islam?

Les 7, 8 et 9 janvier 2015, trois jours à marquer d’une pierre noire dans l’histoire de la France. Trois jours durant lesquels le ciel s’est effondré sur la tête d’une France qui s’est toujours voulue terre d’asile pour tous ceux qui ont vu le monde se rétrécir autour d’eux et n’ont trouvé que Marianne pour leur ouvrir ses bras et les envelopper de sa chaleur allant jusqu’à les adopter et les prendre pour ses propres enfants.


Par Hichem ABOUD*


Des milliers de femmes et d’hommes n’ont pas manqué de mettre leur vie en péril pour gagner  cette France terre d’asile, de liberté, d’égalité et de fraternité à bords d’embarcations de fortunes dont beaucoup d’entre elle ont livré leurs passagers aux poissons et aux requins. Ceux qui ont eu la chance de réussir à se couvrir de son ciel grisâtre n’avaient qu’une idée en tête, se fondre dans la foule et accéder à la citoyenneté française dont beaucoup d’entre eux ont pour ancêtres de vieux combattants qui ont payé de leur vie la volonté de se libérer de cette France qu’ils qualifiaient de puissance coloniale. 

Le brassage de populations, qu’a connu la France depuis des dizaines d’années, a fait que des immigrés venus d’horizons divers et surtout en provenance des anciennes colonies africaines ont acquis la citoyenneté française et donné naissance à des citoyens français à part entière. Non, je préfère dire des Français à part, puisque les origines de ces citoyens continuent de constituer un lourd handicap difficile à surmonter.


 Outre la couleur de la peau, basanée pour les Maghrébins et noire pour les Africains il y a la culture et la religion qui font que cette frange d’immigrés éprouve des difficultés quasi-insurmontables de se fondre dans la société française avec l’aisance d’un polonais, d’un hongrois ou d’un espagnol.


Qu’un Manuel Valls ou Annie Hidalgo originaires d’Espagne accèdent à un rang de la responsabilité politique, que des Français de souche ont du mal à atteindre, ça passe sans soulever la moindre vague ou susciter une quelconque interrogation. Ce qui n’est pas le cas pour un Azouz Begag  ou une Rachida Dati  éphémères ministres de Chirac et de Sarkozy parce qu’ils sont tout simplement d’origine maghrébine.


 Même à Zineddine Zidane, l’illustre footballeur qui a donné à la France son premier titre mondial dans la discipline sportive la plus populaire grâce à deux coups de boules qui ont secoué les filets des  virtuoses brésiliens de la Seleçao en 1998 on ne manqua pas de lui rappeler ses origines algériennes quand son coup de boule a cogné la poitrine de l’italien Materrazi en finale de la coupe du monde 2006.


Entre la générosité et la marginalisation


La France terre d’asile est généreuse. Trop généreuse. Des milliers d’immigrés ayant acquis ou pas la nationalité française vivent beaucoup mieux que dans leurs pays d’origine sans avoir à trimer ou à se lever tôt pour aller travailler et gagner leur vie grâce à leur labeur. Les allocations familiales et les aides sociales suffisent même pour épargner et aller passer d’agréables vacances, en été, et frimer devant les cousins et cousines restés au pays.


 Cette générosité est souvent oubliée par ces mêmes bénéficiaires qui n’hésitent pas à vous dire « après tout, la France ne fait que payer ses dettes envers ses anciennes colonies ». Pis encore, beaucoup de ces bénéficiaires de la générosité française ne ratent pas la moindre occasion pour mordre la main qui leur donne à manger. 


Cela a commencé par le sifflement de la Marseillaise un certain 6 octobre 2001 lors d’un match amical de football opposant la sélection algérienne, drivée par la star mondiale l’algérien Rabah Madjer, à la sélection française  au sein de laquelle brillait le français d’origine algérienne Zineddine Zidane. Un match qui n’a pas été jusqu’à son terme puisque l’arbitre siffla la fin de la partie à la 76ème minute suite à un envahissement du terrain par les supporters « algériens » qui étaient dans leur majorité des français. 


Le scénario se répète sept ans plus tard, à une semaine près, exactement le mardi 14 octobre lors du match amical opposant la France à la Tunisie. Une fois de plus l’hymne national français est copieusement sifflé par des « Tunisiens » nés en France et porteur de la carte d’identité nationale française. Hatem Benarfa, d’origine tunisienne fut méchamment pris à partie et hué plus que tous les autres parce qu’il portait le maillot tricolore. Comme si ses détracteurs n’avaient pas opté, eux aussi, pour la nationalité française.


Cette attitude exprimée dans les stades par des français d’origine maghrébine reflète parfaitement le sentiment de cette catégorie de la population que la politique française d’intégration a beaucoup plus marginalisée qu’intégrée dans la société d’accueil.


 Cette politique basée sur la ghettoïsation des populations immigrée dans les périphéries des villes industrielles sans leur donner l’occasion de côtoyer les autochtones a été aggravée par l’instauration d’un système éducatif qui prive les enfants des banlieues et des cités (c’est comme ça qu’on appelle les français d’origine maghrébine ou africaine) de prétendre à un statut social qui les sortira des ghettos. 


L’enseignement dispensé dans les écoles des banlieues et des cités qu’on qualifie hypocritement de Zone d’Education Prioritaires (ZEP) où on prétend mettre plus de moyens au profit de ces élèves issus d’un milieu défavorisé, est en réalité un enseignement qui handicape les enfants  dès le cycle primaire et qui sont orientés à la sortie du second cycle de l’enseignement vers des filières dites de « technologie » pour faire d’eux des « techniciens de surface » pour ne pas dire femme de ménage ou éboueur, des plombiers ou des menuisiers . 


Autrement dit, ils sont appelés à remplacer leurs parents dans les usines. Ceux qui auront la chance d’aller jusqu’au baccalauréat et jusqu’à obtenir un diplôme universitaire ils n’auront, pratiquement, aucune chance de faire des études en médecine ou dans une école de la magistrature ou à Polytechnique.


Le président Nicolas Sarkozy, fils d’immigré hongrois, a compris le mal de ces français, à part, et a compris que ce mal provenait de cette politique dite carte scolaire mise en place par la gauche pour barrer la route aux enfants d’immigrés maghrébins à toute promotion sociale par les études. 


Dans un de ses discours, alors qu’il était à la tête de l’Etat français, Sarkozy avait fait le constat en s’adressant à l’élite française en faisant remarquer que cette élite ne reflète nullement la diversité de la société française. Il proposa, alors, de supprimer la carte scolaire. S’en suit un tollé de la part de la gauche qui a, toujours, adopté une politique paternaliste à l’égard d’une immigration naïve qui lui a toujours accordé sa confiance dans tous les scrutins. Sarkozy échoua dans sa tentative de suppression de la carte scolaire. Les ZEP sont maintenues et les populations d’origine africaine et maghrébine sont maintenues dans leurs ghettos.


La religion comme outil de vengeance


Que l’on ne s’étonne pas que les frère Kouache tous deux citoyens français mais d’origine maghrébine et leur compère Amedy Coulibaly, lui aussi, citoyen français mais d’origine africaine soient les exécutants du drame le plus meurtrier que la France n’ait jamais connu depuis 1945. 


Ces trois terroristes nés en France, élevés dans des écoles françaises et dans un orphelinat français (pour le cas des frères Kouache) ne connaissent rien de leurs pays d’origine ni de la culture de leurs parents. Ils ne connaissent même pas la langue (l’arabe) qui leur permet d’apprendre et de comprendre le Coran. Ils n’ont pas, non plus un niveau d’instruction de comprendre ne serait-ce que la traduction du Coran dans la langue française. 


Si les auteurs des assassinats de Paris avaient un minimum connaissance du Coran et de l’Islam  ils n’auraient jamais commis leur forfait. Ils ne l’auraient jamais commis s’ils avaient lu le verset 32 de la sourate Al-Meïda (la table) qui dit « quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes. »


Ceux qui ont prétendu venger le prophète de l’Islam n’auraient jamais osé souiller la religion qu’ils prétendent défendre s’ils avaient lu les versets 21 et 22 de la sourate « Al-Ghashiya » où Allah dit à son messager Mahomet «  rappelle! Tu n'es qu'un rappeleur et tu n'es pas un dominateur sur eux ». C’est dire qu’Allah n’a même pas donné le pouvoir à son prophète de dominer les hommes ou de leur imposer quoique ce soit en son nom.

Le prophète lui-même a empêché ses compagnons de le venger quand il avait été frappé et caillassé par ses adversaires. Il s’était contenté de dire « je prie Allah de les guider sur le droit chemin ».


Mais qui pourrait apprendre les préceptes de l’Islam et ses véritables valeurs à tous ces jeunes de banlieue marginalisés par une politique d’intégration qui fait d’eux d’éternels assistés sans leur donner les moyens de se valoriser et livrés à des charlatans qui ne connaissent rien de l’Islam ? Ils ne font que l’utiliser comme instrument de vengeance contre leur propre société qui les a oubliés dans la périphérie des grands centres industriels qu’on appelle les banlieues. Les chefs spirituels musulmans et les imams sauront-ils rectifier le tir en prenant en charge cette catégorie de la population française ?

 

Hichem Aboud

Journaliste et écrivain algérien exilé en France. Auteur de  « la Mafia des Généraux » (Editions J.C Lattès février 2002) et fondateur de plusieurs quotidiens et magazine d’informations interdits de parution par les autorités algériennes.

 

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