Mise à la retraite de hauts fonctionnaires et de généraux


Le journal officiel de la république algérienne vient de publier les décrets de treize hauts fonctionnaires et officiers généraux de l’armée mis à la retraite. Ces décrets ne font, en réalité qu’entériner des décisions déjà prises bien avant la parution du journal officiel. Cela n’a pas empêché la circulation de rumeurs, de supputations et d’interprétations aussi farfelues les unes que les autres.


Il y a lieu tout d’abord de souligner que les personnes mises à la retraites n’avaient occupé aucune fonction de commandement ou de responsabilité dans les rouages de l’Etat algérien exception faite du général major Mohamed Touati dit « el-mokh » (le cerveau) qui faisait partie du cabinet  noir et qui avait dirigé à une certaine période le commandement de la gendarmerie nationale. En réalité, le général-major Mohamed Touati avait pris sa retraite en 2005 alors qu’il exerçait les fonctions de conseiller à la Présidence en matière de sécurité. Il est rappelé en 2011 avec le grade de conseiller après l'annonce de « réformes politiques profondes » faite par le Président Bouteflika le 15 avril. Il a fait partie de la commission devant organiser les consultations nationales autour des réformes à mener. Ces réformes étant reléguées aux calendes grecques suite à l’hospitalisation du chef de l’Etat et sa longue convalescence qui dure encore, la commission n’a plus de raison d’exister et le général Touati ne se rendait plus à son bureau au palais d’El-Mouradia depuis plusieurs mois.


Plus besoin de conseillers à la présidence de la république


Quatre autres fonctionnaires conseillers à la présidence ont été mis à la retraite sans que cela ne constitue un évènement qui mérite tout un tapage dans la mesure où les concernés n’ont jamais pesé sur la scène politique ni dans les coulisses de la présidence. M. Saïd Bouchaïr, conseiller juridique tout comme le général-major Touati ne se rendait plus au palais présidentiel depuis très longtemps, surtout qu’il avait manifesté son hostilité au quatrième mandat de Bouteflika et à l’amendement de la constitution. Mais, il ne s’est jamais adonné à une quelconque activité politique dans le camp de l’opposition. Ahmed Amine Kherbi, Ali Driss, Mme Yamina Ramdani, directrice des études à al présidence, Mme Leïla Taleb-Hacine, et M. Tayeb Derguine, tous deux sous directeurs à la présidence sont inconnus de l’opinion publique. Ce sont de simples commis de l’Etat qui n’ont jamais joué un quelconque rôle politique. Leur mise à la retraite est ce qu’il y a de plus normal en ces temps où Saïd Bouteflika ne semble pas avoir besoin de conseillers et a, pratiquement, fermé le palais d’El-Mouradia en le vidant de ses fonctionnaires puisque le président ne se déplace plus au siège de la présidence de la république

 

Il en est de même pour les officiers généraux mis à la retraite. Ce n’est pas parce qu’on est général qu’on a, forcément, un poids politique ou on sensé occuper un poste stratégique. Beaucoup de généraux et de généraux majors ne connaissent rien des arcanes du pouvoir et sont loin d’être dans les secrets des Dieux.

 

Le général-major Rachid Zouine et le général Youcef Medkour, respectivement chef de cabinet du l’ex-ministre délégué à la défense le général Guenaïzia et conseiller auprès du même ministre limogé lors du remaniement ministériel de septembre 2013, ont fait les frais de la disparition du département dans lequel ils exerçaient leurs fonctions.

 

Même la mise à la retraite des généraux Abdelkader Aouali, Abdelkader Benzekhroufa et Saïd Ziad tous des chefs d’Etat-major respectivement à la garde républicaine, la 1ère et la 5ème région militaire peut constituer aux yeux de certains observateurs une certaine énigme il n’en demeure pas moins que ces officiers sont loin de constituer une quelconque source de contestation ou d’indiscipline au sein de l’institution militaire. La seule question qui mérite d’être posée est celle consiste à demander pourquoi met-on à la retraite des officiers de la génération postindépendance qui ont fait de gardes écoles de guerre et porteurs de diplômes universitaires alors que des septuagénaires qui doivent passer la main à la nouvelle génération sont encore en poste. C’est vrai, qu’on a du mal à quitter le pouvoir et les privilèges qu’il octroie, mais c’est aux décideurs de faire le ménage alors que nous vivons une époque où la technologie de pointe est loin d’être maîtrisée par de vieux officiers qui n’ont même pas leur baccalauréat.

 

L’énigme Bachir Tartag

 

Ce qui est à relever dans ce qui a été rendu public dans le journal officiel, ce ne sont pas les personnes citées mais celles dont le limogeage s’est fait en douce loin des feux de la rampe. La mise à l’écart de M’hammed M’gueddem, conseiller sans fonction officielle et de Mohamed Rougueb, l’ex-secrétaire particulier du président Bouteflika n’ont pas figuré sur la liste des nouveaux retraités. La seule explication qu’on puisse donner est que ces deux fonctionnaires ont été nommés par décrets non publiables. Il va de soi que les décrets mettant fin à leurs fonctions ne soient pas publiés dans le journal officiel.

 

Cependant, le grand absent de cette liste est, aux yeux des observateurs avertis, le général major Bachir Tartag, l’ancien directeur du contre-espionnage au DRS, dont la mise à la retraite avait été annoncée après le 5 juillet avec un certain nombre de ses collègues du même département.

Relevé de ses fonctions au mois de septembre, dans le cadre de la vague de mesures qui avait failli emporter les services de renseignements algériens, et remplacé par le tlemcénien le général Abdelhamid Bendaoud totalement acquis à Saïd Bouteflika depuis qu’il était en poste à Paris en qualité de chef du bureau de sécurité à l’ambassade, le général major Bachir Tartag s’estimant lâché par son patron le général Mohamed Mediene dit Toufik s’est rendu armes et bagages dans le camp du frère cadet du président. Ce qui a fait les affaires du dernier nommé qui avait besoin de tout savoir sur le fonctionnement du DRS et surtout sur ceux qui tenaient les dossiers de la lutte contre la corruption. L’on se souvient que la première mesure prise par Saïd Bouteflika était la dissolution du service judiciaire du DRS après l’avoir rattaché à la direction de la justice militaire du ministère de la défense nationale.

 

Saïd Bouteflika, pour avoir la main mise sur le DRS par le biais du vice-ministre de la défense, le général de corps d’armée Gaïd Salah affecta le général major Bachir Tartag auprès du dernier nommé en qualité de conseiller aux  affaires de sécurité. Promesse lui a été faite, également, de succéder au patron du DRS qui était dans la ligne de mire du frère du président. Mais, une fois le président Bouteflika réélu dans les conditions que l’on sait, les rapports de force ont changé et le maintien du général de corps d’armée Mohamed Mediene a mis mal en point le général Tartag. Ne supportant pas la trahison de celui qu’il avait sauvé en 1999 quand sa tête fut demandée avec celle du colonel Belkaceme Boukhari, alors directeur de la justice militaire, par le président de la république en personne au cours de sa première visite au siège du ministère de la défense, le patron du DRS a manœuvré pour inclure le général major Bachir Tartag dans le contingent d’officiers supérieurs de son département appelés à faire valoir leur droit à al retraite. Selon certaines indiscrétions, le général Bachir Targtag fait toujours partie des effectifs de l’armée algérienne en bénéficiant du maintien au même titre que ses autres pairs. Ce maintien cacherait-il les prémices d’une guerre de coulisses ? Wait and see

Publié in Mondafrique.com
le 05/09/2014
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